Jamais jusqu’ici un pays ne m’avait autant dérouté,
Voilà bientôt 1 mois que nous sommes là… je suis bien incapable de dire ce que je pense du Chili… Je peux me contenter d’observer et de ressentir.
Contraste, diversité, nostalgie… le passé et le présent se côtoient dans une forme de chaos poétique. Seule la nature offre une harmonie sublime… grandiose.
Tout me semble précaire.
Ce pays me déroute car il est difficilement déchiffrable. Il ne joue pas la carte du sexy comme on voit dans de nombreux pays qui montre l’instagrammable touristique et cache la misère. Ici je ne sais pas ce qui se cache mais tout se voit.
À la fois sublime, étrange, chaotique.
Lors de mes précédents voyages, je n’ai jamais écouté les mises en garde alarmistes des sites gouvernementaux. Je me suis toujours fiée aux locaux, à mon instinct et à mon bon sens, et, à une ou deux rares exceptions, je n’ai jamais eu peur.
Ici, ”PELIGROSO” est le mot qui est revenu avec le plus de constance depuis que nous sommes arrivés.
C’est assez étrange d’arriver dans un pays où la première chose que les habitants te disent avant de te parler de ce que tu vas pouvoir faire c’est « fait attention, ne sort pas là, ne tarde pas dans cet endroit, c’est dangereux – PELIGROSO – ne sort pas la nuit… » et puis tu observes, tu regardes autour de toi comment se comportent les Chiliens… et petit à petit tu apprivoises ta peur et l’espace autour de toi.
De fait à Santiago et à Valparaíso, les maisons sont protégées par des grilles, des barbelés, des alarmes… Tu sors ton téléphone dans la rue, une vendeuse te fait signe depuis sa boutique : PELIGROSO… J’ai pourtant voyagé au Maroc, en Inde, à Madagascar, j’ai vécu à Colombes (92) … mais ici j’ai encore du mal à saisir les codes…
Ce qui est PELIGROSO pour l’un est contredit le lendemain par l’autre ; dans une même rue, tu peux avoir deux ambiances : maisons délabrées abandonnées d’un côté, coquet pavillon de l’autre…
Les villes, grandes ou petites ont, pour moi, un air triste, nostalgique. Même sous le soleil, même sous les couleurs chatoyantes de leurs façades. Je ressens comme un abandon, comme un renoncement face à la violente précarité du temps, des éléments et des politiques.
La nature, quant à elle, est grandiose
Immense l’océan, gigantesques les distances à parcourir, pharaoniques les roches, saisissantes les palettes d’ocre, de vert et de bleu…
Et nous n’avons, pour le moment, sillonné que le nord.
Une puissance souveraine. La nature tolère l’humain. Qui essaie, bien sûr, ici comme ailleurs, de grignoter, accaparer, piller les richesses de cette terre qui ne lui doit rien — on croise beaucoup de mines aux jolis noms : Caracoles, Chuquicamata, Julia, Hermandad… — de cette terre, qui d’une secousse peut tout engloutir.
Chez nous, en Europe, à moins de regarder l’océan droit devant, la perspective est toujours limitée. Le regard se cogne aux courtes distances qui séparent un col d’une route, d’un village… Et la présence de l’humain se sent en permanence.
Ici, sur des kilomètres et des kilomètres, il n’y a aucune limite… tu es minuscule.
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