Mars 2026
Lorsque j’ai lancé ce thème, j’avoue, je ne savais absolument pas ce que j’allais en faire…
J’ai écrit ça parce que je n'avais encore aucune idée...
Je venais de rédiger la newsletter sur le sujet de l’appartenance, j’étais en train de créer le contenu des ateliers en ligne, j’effectuais des recherches pour l’écriture d’un spectacle théâtre avec les ado…. Bref…j’avais le cerveau un peu en surcharge… plus de place…
Et là, je me dis…. ok, j'ai lancé la perche.... je vais jouer le jeu…
Donc je me lance dans cette newsletter comme on plonge dans l’océan.
A moins que ce ne soit une piscine ? un bain ?
Est-ce que je choisi d’être téméraire ? intrépide ? courageuse ? audacieuse ?
Jusqu’à quel point est-ce que n’avoir rien prévu, me permet de me sentir libre ?
Encore une fois, tout est question de point de vue. Comment est-ce que je choisis de considérer l’évènement ?
Souvent on pense que si tout est prévu, anticipé, préparé… alors on minimise les risques.
Mais quels risques ?
Rater ? et alors ? on aura appris quelque chose.
Se ridiculiser ? n’est ridicule que le ridicule, et à priori il ne tue pas.
Passer à côté d’une opportunité ? l’imprévu offre souvent nombre d’opportunités auxquelles on n’aurait même pas pensé.
Je ne peux m’empêcher de considérer mon travail avec les acteurs.
Des mois de répétitions, de préparation, de réglages au millimètre. Et le soir de la première — rideau ouvert — les comédiens sont seuls sur scène. Durant tout le temps du spectacle, l’espace et le temps leur appartiennent, ils font ce qu'ils veulent. Ils sont libres, je ne peux plus
rien… que les observer prendre leur envol.
Et c'est exactement à ce moment-là que l’artiste est au sommet de sa puissance créative. Il peut donner pleinement vie à son art dans cet espace de liberté.
Et… c’est aussi pour cela qu'il a autant répété — pas pour être contrôlés à chacune de ses respirations ou chacun de ses gestes lorsqu’il est sur scène – mais pour être suffisamment libre le moment venu de lâcher, d’oublier, le metteur en scène et ses indications. Il vit pleinement l’instant.
Dans la vie, on veut en même temps : la sécurité de la préparation ET le contrôle absolu jusqu'au bout.
Je pense que tu commences à voir où je veux en venir.
Tu prépares tout, tu prévois tout, et le moment venu ; tu tournes en boucle : est-ce que c'est bien ? est-ce que les gens apprécient ? est-ce que j'aurais dû faire autrement ? tu es là... mais pas vraiment.
Et quand c'est fini, tu es épuisée, avec cette impression d’être passée à côté…il te reste un arrière-goût de : tout ça... pour ça … pour quoi ? C'est déjà fini... c'est déjà le passé…
J’aime bien revenir au sens des mots.
Il y a ce qui dépend de toi : la préparation, l'intention, l'énergie que tu mets, les conditions que tu crées. Tu en as la maitrise.
Et il y a ce qui es indépendant de toi : la météo, le retard d’un train, l’humeur d’une personne, son interprétation des faits, la politique étrangère, etc, etc…
Tu pourras contrôler autant que tu veux… à un moment donné, ça t’échappera forcément.
Si je peux aujourd’hui rédiger cette newsletter sans la « prévoir » … c’est que mon expérience, mon organisation, les conditions que j’ai réunies font que j’ai le sentiment de maîtriser suffisamment mon sujet pour me lancer librement.
Et je dis bien que j’ai le sentiment de…, encore une fois, c’est ma perception de la situation qui va faire que je vais me sentir suffisamment en confiance pour me lancer librement. Ou pas.
D’où l’inefficacité des recettes toute faite en matière de confiance en soi… car la perception du suffisant est relative à chacune.
Et là encore, je maîtrise et je peux contrôler cette newsletter jusqu’au moment où j’aurai appuyé sur le bouton d’envoi. Ensuite, plus rien ne dépendra de moi… elle sera entre vos mains, et vous en ferez ce que vous voulez. Je n’y pourrai plus rien. Que j’ai tout contrôlé avant ou pas.
Finalement, accepter de ne pas prévoir, c’est apprendre à lâcher le besoin de contrôle absolu. C’est apprendre à reconnaître le moment où les choses ne dépendent plus de nous, c’est aussi apprendre à faire confiance. Laisser de l'espace à l'inattendu — qui devient souvent comme pur hasard, le moment le plus précieux qu’on ait vécu…
Tout simplement parce qu’on est à ce moment-là pleinement présent.
Une présence qui n’est plus intellectualisée, mais vécue, ressentie, émotionnellement vibrante.
Et – que ce soit agréable ou non sur le moment d’ailleurs – nous savons que nos souvenirs les plus présents, ceux sur lesquels nous nous appuyons, sont ceux que nous avons vécus avec la plus grande intensité émotionnelle.
C’est pourquoi je reviens à mon image de départ, le « grand saut » dans l’imprévu … il n’est pas nécessaire de se jeter tout de suite dans l’océan si vous craignez l’eau, commencez par un bain. L’océan viendra quand vous maîtriserez la nage et les courants.
La page blanche, ce n'est pas l'absence de préparation. C'est l'espace qu'on s'autorise à ne pas remplir à l'avance.
L'expérience imparfaite
Les expériences imparfaites sont des mise en pratiques, des jeux, des expériences que je te propose d'expérimenter dans ton quotidien. Pour les découvrir abonne-toi à Latitude.
La pépite créative ✨
Ce mois-ci je te partage un livre :
Comme par magie d'Elizabeth Gilbert.
Extrait
« Très chère Peur, Créativité et moi nous apprêtons à partir faire une
virée en bagnole ensemble. Je crois savoir que tu seras de la partie,
car tu nous accompagnes toujours. Je sais que tu es convaincue que
tu as un rôle important à jouer dans ma vie, et que tu prends cette
mission très au sérieux. Apparemment, elle consiste à me plonger
dans une panique absolue dès que je m’apprête à faire quelque chose
d’intéressant – et, si je peux me permettre, je dois dire que tu
t’acquittes admirablement de cette tâche.
Donc, ne te gêne pas, continue de faire ton boulot, si tu estimes que
c’est nécessaire. Mais durant cette virée, je vais également faire mon
propre travail, qui consiste à me donner beaucoup de mal et à rester
concentrée. Et Créativité fera elle aussi le sien, qui consiste à me
stimuler et à m’inspirer.
Étant donné qu’il y a toute la place nécessaire dans ce véhicule pour
nous trois, mets-toi à ton aise, mais n’oublie pas ceci : Créativité et moi
serons les seules à prendre les décisions en route. Comme je suis
consciente que tu fais partie de la famille, je te respecte et je ne
t’exclurai jamais de nos activités, mais malgré tout, tes suggestions ne
seront jamais suivies. Tu as le droit d’avoir un siège, tu as le droit de
t’exprimer, mais tu n’as pas le droit de vote. Tu n’as pas le droit de
toucher aux cartes routières ; ni de proposer un autre itinéraire ; tu n’as
pas le droit de toucher à la climatisation Ma cocotte, tu n’as même pas
le droit de tripoter l’autoradio. Mais par-dessus tout, ma vieille et
familière amie, il t’est formellement interdit de prendre le volant. »
On se retrouve le mois prochain,
À bientôt,
Sophie
Imparfaite, créative et libre 🐙