Février 2026
Se sentir libre, c'est... choisir ses appartenances... en conscience.
Je suis née et j'ai grandi jusqu'à ma majorité au Maroc avec la double nationalité
franco-italienne.
D'un côté ma famille est de nationalité italienne (vivant en Afrique du Nord depuis 3
générations mais originaire de Sicile — attention c'est important 😅) et de l'autre
origine parfois un peu floue et nationalité française.
À la maison ma première langue était le français, j'ai appris l'arabe et l'italien très
tard, mais nous mangions des pâtes quasiment tous les jours, et les tajines et
couscous étaient plus fréquents que la blanquette. Nous soutenions plutôt les
équipes italiennes lors des tournois, ne pratiquions aucune religion, mais fêtions
Noël et l'Aïd.
Et depuis toujours j'entends cette question troublante : « Mais tu es quoi ? »
Comme si à travers ces « voyages » réalisés par ma famille, ces différentes
appartenances je devais en choisir une pour me définir.
Alors oui nous naissons dans une famille, dans un milieu social, dans un pays, un
environnement donné. Selon tes croyances tu diras que c'était choisi ou non…
quoiqu'il en soit, comme la plante qui croît dans un environnement donné, nous
sommes contraints au moins pendant une période de notre vie à y rester et à nous
y développer. Et nous y créons un enracinement plus ou moins profond.
Puis il ya l'école, les amis, et puis les études ou un travail, des voyages… des
rencontres… Et nous apprenons avec le temps à pratiquer notre libre arbitre, et
peut-être à remanier progressivement les contours de notre univers en fonction de
nos choix, de nos déplacements ou de nos errances, de nos résistances ou de nos
valeurs, de nos peurs ou de notre ouverture au monde…
Et TOUT ÇA fait aujourd'hui la personne que je suis.
Et tu vas me dire quel rapport avec l'appartenance ?
J'y viens.
Dans ma « famille » (comme dans beaucoup de familles), j'ai très vite senti
beaucoup de tensions dans les relations, beaucoup de faux-semblants, de jalousie,
de disputes mesquines, des heures à critiquer celui ou celle qui était absent… et
chez qui pourtant nous devions passer les fêtes, à qui nous devions dire bonjour au
retour de voyage, ou souhaiter les vœux… Je me sentais prisonnière d'un système
qui ne me convenait pas.
Et je me revois le jour où, à 18 ans, j'ai dit à mon père : je n'irai plus. Je n'irai plus
juste par devoir.
Je décide dorénavant de choisir ma famille.
Je choisis des relations équilibrées.
Je choisis mes appartenances.
Je pense que j'avais déjà conscience de l'impact de notre environnement sur notre
état émotionnel et psychologique.
Choisir plutôt que subir
Cette décision, respectée par mon père, a été jugée comme ingrate, égoïste et
irrespectueuse par la partie concernée.
Mais elle a été libératrice.
Parce que choisir ses appartenances, c'est aussi choisir ses racines.
Non pas comme quelque chose de figé et cloisonnant, mais comme un réseau
nourricier, mouvant et infini.
C'est choisir où l'on va, avec qui, dans quels espaces on accepte de déposer notre
énergie et notre présence.
Nous appartenons à - au sens où nous faisons partie de - tant de choses sans
même nous en rendre compte : des systèmes familiaux, des milieux professionnels,
des groupes d'amis, des communautés en ligne, des villes ou des quartiers, des
valeurs, des causes, des pratiques…
Et toutes ces appartenances tissent la trame de notre identité.
Le piège, c'est lorsque nous continuons à appartenir à des cercles qui nous
étouffent, qui nous demandent de nous travestir, de nous taire, et que nous nous y
conformons.
Par fidélité. Par habitude. Par peur du vide. Par culpabilité.
Alors aujourd'hui je te pose cette question : À quoi appartiens-tu vraiment ?
Et surtout : est-ce que ces appartenances te nourrissent ou t'épuisent ?
Nos appartenances ne se limitent plus aux cadres traditionnels. Elles sont
multiples, mouvantes, parfois contradictoires. Et c'est justement cette complexité
qui nous rend vivantes et entières.
Certaines appartenances sont héritées : celles dans lesquelles nous naissons,
celles qui façonnent nos premières années et laissent une empreinte indélébile —
qu'on le veuille ou non.
D'autres sont choisies : ces espaces où l'on se reconnaît enfin, où l'on peut respirer
sans retenir son souffle, où l'on n'a pas à justifier qui l'on est, ni à s'excuser d'exister
pleinement.
Et certaines sont provisoires : elles nous accompagnent le temps d'une étape,
nous transforment, puis nous laissent partir.
Toutes sont importantes, et nécessaires.
Le souci, c'est lorsque nous confondons fidélité et loyauté toxique. Lorsque nous
restons dans des espaces qui nous abîment uniquement parce que nous avons
peur de trahir, de décevoir, d'être rejetées.
Choisir ses appartenances, ce n'est pas de l'égoïsme. C'est choisir un système dans
lequel nous pouvons co-créer, dans lequel chacun saura grandir au contact de
l'autre.
Peut-être pas toujours à la même vitesse, ni au même moment. Mais où, à aucun
moment, l'un puisera, pour se développer, dans les ressources communes au
détriment de l'autre.
Choisir tes appartenances en conscience, c'est choisir de te respecter tout autant
que tu respectes l'autre.
L'expérience imparfaite ✨
Les expériences imparfaites sont des mise en pratiques, des jeux, des expériences que je te propose d'expérimenter dans ton quotidien. Pour les découvrir abonne-toi à Latitude.
À tout bientôt
Sophie