Celles qui me connaissent sont en train de sourire doucement.
Oui, je sais. Moi et l'optimisme béat, c'est une histoire compliquée. Je suis bien trop consciente de tout ce que la vie présente de paradoxes, de frottements, de zones grises, pour me laisser emporter dans un élan de positivisme absolu.
Et pourtant.
Pas l'optimisme naïf ; celui qui sourit en faisant semblant que tout va bien. Plutôt un optimisme choisit. Celui qui décide à priori de regarder dans une direction plutôt qu'une autre. Celui qui choisi la créativité.
Je viens d'une famille de méfiants.
On est prudents, scrupuleux, on n'accorde pas sa confiance de prime abord. On ne croit que ce qu'on voit. C'était le credo familial, transmis sans en avoir l'air, dans les gestes et les mots du quotidien.
Quand j'étais petite, chaque fois que je rentrais à la maison avec une nouvelle amie — "elle est super sympa !" — mon père répondait : "Elle t'a donné sa chemise ?"
Je ne comprenais pas bien. En quoi fallait-il donner sa chemise pour être sympa ? Je ne voyais pas le rapport. Mais je percevais la pression. La confiance était mise sous condition préalable. La méfiance était de mise, par défaut.
Malheureusement , ça n'empêchait ni d'être trompée, ni de se faire avoir, ni de souffrir.
Et surtout — surtout — la méfiance entraîne la méfiance. La peur génère la peur. On entre dans un système relationnel de dépendance conditionnelle : pour me montrer telle que je suis, confiante, pleinement moi-même, j'attends que l'autre me donne sa chemise.
Autrement dit, je mets la relation sous condition que l’autre soit « parfait.e », «irréprochable ». Quelle pression sur la relation ! Quelle pression sur soi-même !
Parce que si je demande à l'autre d'être parfait·e… je dois l'être aussi. Et si je dois être parfaite, je ne m'autorise pas à être faillible et je n'autorise pas l'autre à l'être. À quel moment, trouvons-nous l'espace d'être authentiques ?
Alors j'ai choisi autre chose. J'ai choisi d'accorder, ma confiance - à priori.
À moi. À l'autre. À la situation. Non pas parce que tout le monde le mérite, non pas parce que je ferme les yeux sur ce qui se passe. Mais parce que c'est en faisant ce choix-là que je crée autour de moi un climat propice à quelque chose de vivant, de vrai, de sain. De créatif !
Le bon en chaque chose ; la beauté et la poésie sont partout.
Même au coin d'une rue bétonnée. Il suffit de lever les yeux, ou de les baisser, ou juste de se laisser surprendre.
Le bon en chaque situation ; arrêter d'attendre la perfection en tout.
S'arrêter sur ce qu'on a réussi autant que sur ses erreurs. Regarder ses échecs avec un œil curieux plutôt que honteux : qu'est-ce que j'en retire ? Quelle nouvelle énigme est-ce que ça me donne à résoudre ?
Rester des heures à se lamenter, ou attendre que les autres nous plaignent… à quoi est-ce que cela sert, sinon à soulager notre ego ? Ce qui est passé est passé aussi douloureux que cela soit ; et cela ne définit pas qui vous êtes. Ce qui vous définit ce sont vos actions créatives, l’intention qui se déploie derrière vos choix.
Le bon en chaque personne ; faire confiance à priori.
Ça vient avec l'acceptation d'être faillible, vulnérable. Et accepter que l'autre le soit aussi. Cela ne veut pas dire qu’il faille autoriser dans notre vie des comportements, des actes, des paroles qui ne sont pas en accord avec nos valeurs profondes. On peut les accepter, sans les autoriser.
Je te donne un exemple concret. Un ami proche, quand il traverse des périodes difficiles, devient dur dans ses propos. Blessant, parfois. J'accepte cette part de lui — je sais d'où ça vient, je sais qu’il ne se résume pas à ça. En revanche, je lui ai clairement dit que je ne l'autorise pas à me dire des injures ou à élever la voix en ma présence. Non parce que je ne suis pas là pour lui. Mais parce que je ne veux pas devenir le réceptacle de sa colère. Parce que je tiens à me préserver, et à préserver notre amitié.
On n'irait pas vider ses ordures chez le voisin. Il y a des endroits prévus pour ça. C'est pareil :)
Cultiver un optimisme lucide. Pas celui qui dit que tout est bien. Celui qui dit : je choisis mon regard. Je choisis ce que j'accueille. Je choisis ce que je permets.
Le bonheur se construit par nos choix. Pas par les circonstances.
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On se retrouve bientôt sur le chemin de la liberté