Octobre 2025
J'ai grandi avec cette phrase. Elle m'a été transmise comme un héritage,
elle fait partie de mon système de croyances. J'y crois profondément.
Pourtant, il m'a fallu des années pour en comprendre toute la
profondeur.
Longtemps, avoir le choix s'est résumé pour moi à ceci : passer un bac
général pour avoir le choix des études. Faire des études qui ouvrent un
éventail de carrières. Gagner assez d'argent pour pouvoir choisir ce
qu'on veut, et pas seulement ce qu'on peut se permettre.
Et pour tout ce que je n'arrivais pas à obtenir, pour chaque fois où la vie
ne m'offrait pas les opportunités auxquelles j'aspirais, j'avais ma formule
magique : "Je n'ai pas le choix..."
Un jour, j'ai entendu cette phrase : "Tu as toujours le choix, même avec un
revolver sur la tempe."
J'ai trouvé ça brutal. Déplacé, même. Et puis cette pensée a fait son
chemin.
Qu'est-ce qui fait que certains, face à une arme, choisissent de parler
quand d'autres se taisent ? À quel instant précis choisissons-nous entre
vivre ou mourir ?
La vie nous place face à des épreuves que nous ne choisissons pas. Nos
réactions sont conditionnées par toute une constellation de facteurs :
notre physiologie, notre éducation, nos croyances, nos valeurs, notre
morale, notre éthique.
Face à cela, a-t-on vraiment le choix ?
Mais voici ce qui est fascinant : dès que je prononce les mots "je n'ai pas
le choix", je fais automatiquement naître l'option inverse.
Quand je dis "Je paye mes factures, je n'ai pas le choix", j'invoque
instantanément l'hypothèse contradictoire : ne pas payer mes factures.
J'ai donc bien le choix : payer ou ne pas payer.
Si je choisis l'une plutôt que l'autre, c'est en fonction des conséquences
que j'anticipe. Et j'évalue ces conséquences selon mes connaissances de
la situation, du contexte, de l'environnement.
Le piège ? Je ne peux choisir que ce que je connais. Donc je tourne en
boucle en me répétant que je n'ai pas le choix. Tu vois où ça nous mène
?
Tout au long de ta vie, tu as enregistré des comportements et des
croyances comme étant "les bons" pour te maintenir en vie et en sécurité
dans un environnement donné.
Sauf que cet environnement a changé. Et ces données ne sont plus
forcément pertinentes dans ton contexte actuel.
C'est pourquoi, chaque fois que tu penses ne pas avoir le choix, il est
essentiel d'élargir ta vision de la situation.
Heureusement, il n'est pas toujours question de vie ou de mort. Mais il
reste fascinant de se demander : Quelles sont TOUTES les options dont
je dispose dans cette situation ? Même celles que je ne veux pas
prendre. Même celles qui me semblent absurdes. Les regarder en face et
assumer de faire mon choix en conscience.
Avoir conscience qu'on a le choix est un premier pas vers la liberté.
Se donner l'opportunité d'élargir notre panel de choix est le second.
Face à un choix, dès que je commence à me dire "je n'ai pas le choix", je
m'arrête. Je pose sur papier tous les choix conscients dont je dispose. Et
je fais, en conscience, celui qui me semble le plus juste sur le moment.
Attention : ça ne veut pas dire que ce choix est parfait. Ça ne garantit pas
que les conséquences seront toutes positives.
Ça veut dire que je prends la responsabilité du choix que je fais.
J'assume qu'à cet instant, la personne que je suis, avec les informations
dont je dispose, le niveau de conscience qui est le mien, à ce moment
précis fait ce choix, comme on dit, "en son âme et conscience".
Et parce que je suis consciente et que j'accepte la possibilité de me
tromper, je suis consciente aussi que rien n'est figé. Seule l'expérience
viendra confirmer ou infirmer la cohérence de mon choix. Quoi qu'il
arrive, aussi difficile que cela puisse être, j'en assume les apprentissages
et les conséquences.
À 17 ans, j'ai renoncé à me présenter à une audition déterminante pour
moi.
Ma raison ? "J'ai une angine blanche, je suis aphone, je ne peux pas
parler, je ne peux pas y aller, je vais me ridiculiser, Je n'ai pas le choix."
Pourtant, j'ai fait un choix. J'ai choisi de ne pas me rendre à cette audition.
J'ai choisi d'écouter ma peur. J'ai choisi de commencer un autre parcours
d'études.
La personne que j'étais à ce moment-là n'était pas en mesure de faire un
autre choix. Les conséquences à court terme me paraissaient
insurmontables. Je n'arrivais pas à me projeter plus loin. C'était ma réalité.
Est-ce que j'ai eu des regrets ? Oui, pendant quelque temps.
Est-ce que j'en ai encore ? Non. Parce qu'aujourd'hui, j'assume
pleinement la responsabilité de mon choix d'alors. Et reprendre cette
responsabilité me redonne ma force et ma puissance.
J'avais le choix. J'ai fait un choix. Est-ce qu’aujourd’hui je referais le même
? Probablement pas.
Mais c'est précisément ça, l'expérience.
À ton tour.
Je te propose de commencer à t'exercer cette semaine. Note chaque fois
que tu es tenté·e de dire "je n'ai pas le choix" ou "je n'ai pas eu le choix".
Puis reprends ta phrase en disant : "J'ai fait le choix de..."
Observe ce que ça change : tes ressentis, ta perception de l'événement.
Important : garde un regard bienveillant envers toi-même, toujours :
”Dans ces circonstances, la personne que je suis a fait ce choix.”
Et demande-toi toujours à posteriori : maintenant, avec l'expérience que
je retire de cette situation, quels autres choix je pourrais faire la
prochaine fois ?
Si tu es face à un choix délicat, amuse-toi avec les différentes options.
Note d'abord celles qui te paraissent évidentes. Et puis délire un peu.
Note aussi des options farfelues, illogiques, incohérentes ou totalement
folles. Même imaginaires.
Joue le jeu.
Tu commences simplement à donner à ton cerveau l'indication qu'il peut
s'autoriser à voir plus grand, à sortir des sentiers battus. Tu libères ta
créativité.
A tout bientôt
Sophie
Imparfaitement... créative et libre, 🐙
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