novembre 2025
J'ai dit non pour la première fois à 11 ans.
Je m'en souviens encore.
J'avais bien sûr déjà dit non à mes parents, mais c'est la première fois je
me souviens que je m'opposais à une camarade d'école, que je
parvenais à faire respecter mon choix, à m'affirmer dans ma décision
jusqu'au bout, à tenir.
Le sujet n'était pas bien méchant, elle voulait que je lui prête mes
magazines. Et je sentais que je ne les reverrais pas si je cédais. Alors j'ai
dit non. Bon, j'ai teinté mon nom d'un petit mensonge ; j'ai dit que mes
parents ne voulaient pas…( c’est utile parfois de pouvoir s’appuyer sur une
autorité sécurisante lorsqu’on est enfant pour légitimer un choix…même
avec un mensonge. Mais c’est un autre sujet : )
Ce non manifestait 2 sentiments : d'un côté une certaine fierté d'avoir
tenu bon, d'avoir fait respecter ma décision, et de l'autre … la culpabilité.
Un peu à cause du petit mensonge, mais surtout de ne pas avoir été
assez gentille, en ne cédant pas à la demande d’une copine. Culpabilité
de pouvoir être perçue comme méchante ou égoïste. Culpabilité d’avoir
pensé à moi d’abord…
Et cette culpabilité m'a suivie longtemps. Chaque fois qu'il fallait dire non.
Je suis sûre que vous la connaissez … On tergiverse, on cherche des
excuses, puis on cède, pour paraître su!samment aimable, su!samment
gentille, pas trop égoïste… Une fois, deux, trois… un jour on craque, on n’en
peut plus, la limite est dépassée alors on devient agressive, on dit non à
propos de rien et les autres ne comprennent pas.
C'est pourquoi savoir dire non, apprendre à respecter et faire
respecter un non est important. Je ne reviendrai pas sur la notion de
consentement. Mais on y est aussi.
Car ce sont bien nos peurs d'être jugées qui nous empêchent de dire
non, même que le oui nous demande un e"ort considérable.
Parfois bien entendu, cet e"ort est louable et rien ne nous empêche de
faire preuve de générosité, de don de soi, d’altruisme, de gentillesse
pure, sans attente… mais jusqu'à quel point. Il est important de ne pas
se renier dans le oui. Pour que notre oui, soit un vrai oui, conscient,
généreux, plein, assumé !!!
C'est pourquoi il faut apprendre à dire non.
Pour apprendre à dire un oui, sans culpabilité, sans justification, sans se
renier.
Combien de fois as-tu transformé un simple "non" en dissertation de 200
mots ?
"Écoute, j'adorerais vraiment, mais tu comprends, en ce moment c'est
compliqué parce que j'ai ce projet qui déborde et puis ma mère qui vient ce
week-end, et franchement je suis crevée, mais c'est pas contre toi hein, c'est
juste que... enfin tu vois... peut-être que si …“
Résultat ? Tu dis un non vague, et personne ne l'entend vraiment. Pas
même toi.
Plus tu te justifies, plus tu ouvres la porte à la négociation. Plus tu donnes
de prises à l'autre pour contrer tes arguments. Et surtout, plus tu te
convaincs toi-même que ton "non" n'est pas valable.
"Ah mais tu peux pas ce samedi ? Et dimanche alors ? Ah ta mère vient...
mais elle peut venir avec nous… “
Tu vois le piège ?
Il y a quelques années, chaque fois que je disais non, je l’accompagnais
d’un “ je suis vraiment désolée“… jusqu’à ce que quelqu’un me fasse
remarquer :
“arrête de dire que tu es désolée... tu es désolée de quoi ? tu n’as pas à
être désolée de ne pas avoir envie… ou de ne pas pouvoir faire ce que
l’autre veut que tu fasses… c’est juste du respect et du bon sens “ …
et j'ai observé cette personne refuser une demande avec une simplicité
déconcertante :
"Non, ce ne sera pas possible."
Point.
Pas d'excuses. Pas de justifications. Pas de "désolée". Juste un non clair,
posé, assumé.
Et tu sais quoi ? L'autre personne a simplement dit "Ok, pas de souci" et la
vie a continué.
J'ai réalisé quelque chose de fondamental ce jour-là : un "non" n'a pas
besoin d'être justifié pour être légitime.
Ton "non" se suffit à lui-même.
La vraie raison derrière nos justifications
Pourquoi on se justifie autant ? Parce qu'on a peur.
Peur de décevoir. Peur de perdre l'affection de l'autre. Peur d'être perçu
comme égoïste, méchant, désagréable.
On croit que si on explique suffisamment bien, l'autre ne pourra pas nous
en vouloir. On cherche à contrôler ce qu'il va penser de nous.
Sauf que... tu ne peux pas contrôler ce que les autres pensent. Jamais.
Quelqu'un qui veut te faire culpabiliser trouvera toujours un moyen de le
faire, même avec la meilleure justification du monde.
Quelqu'un qui respecte tes limites acceptera ton "non", même sans
explication.
Un "non" sans justification, c'est :
Clair : pas d'ambiguïté, pas de porte entrouverte
Respectueux : tu respectes ta limite ET tu ne mens pas à l'autre
Puissant : tu assumes ta décision sans demander l'autorisation
Libérateur : tu ne t'épuises plus à prouver ta légitimité
Attention, je ne dis pas qu'il ne faut JAMAIS expliquer. Parfois, dans
certaines relations, donner un contexte est précieux.
Je dis juste que ton "non" ne DÉPEND PAS de la qualité de ta
justification.
Tu as le droit de dire non simplement parce que tu n'as pas envie. Point.
Ma formule magique
Quand quelqu'un insiste après mon refus, j'ai appris à répondre :
"Je comprends et en même temps ma réponse reste non."
Puis je me tais. Je ne rajoute rien. Je laisse le silence faire son travail.
C'est inconfortable au début. Ton cerveau va hurler : "DIS QUELQUE
CHOSE ! EXPLIQUE-TOI ! RATTRAPE LE COUP !"
Résiiiiiste. Respire. Tiens bon.
Le respect que tu gagnes — envers toi-même et de la part des autres —
vaut largement cet inconfort temporaire.
Se sentir libre, c'est reconnaître que ton temps, ton énergie, ta présence
t'appartiennent.
Ce n'est pas être égoïste. C'est être responsable de ta propre écologie
personnelle.
Chaque "oui" que tu prononces par culpabilité est un "non" que tu te
dis à toi-même.
Et chaque "non" conscient, assumé, sans culpabilité, libère de l'espace
pour tes vrais "oui".
Les oui généreux. Les oui conscients. Les oui pleins. Les oui alignés.
Alors cette semaine, je te propose de t'entraîner.
Le Défi du Mois : Le "Non" en 10 Mots Maximum
Cette semaine, quand quelqu'un te demande quelque chose et que tu
veux refuser, exerce-toi à dire non en 12 mots maximum.
Exemples :
"Oh mince je suis désolée, vraiment, mais c'est compliqué en ce moment
parce que..." (trop long, flou)
"Ce ne sera pas possible." (5 mots, net)
"Non merci, je ne suis pas disponible." (7 mots, clair)
"Une autre fois avec plaisir, là je ne peux pas." (10 mots, assumé)
Les règles du jeu :
1. Maximum 12 mots (compte sur tes doigts si besoin !)
2. Pas de "désolé·e" au début (tu n'as pas à t'excuser d'avoir des
limites)
3. Pas de justification détaillée (ton "non" se su!t à lui-même)
4. Respire après avoir parlé (ne comble pas le silence
immédiatement)
Niveau débutant : Commence avec des demandes à faible enjeu (un
vendeur, un sondage en ligne, une newsletter)
Niveau intermédiaire : Ose avec des proches dans des situations
quotidiennes (un verre, une soirée, un service)
Niveau avancé : Applique dans un contexte professionnel ou familial
sensible
Rappel crucial : Le droit de rater est inclus. Si tu te justifies pendant 5
minutes par réflexe, note-le mentalement avec bienveillance et réessaie
la prochaine fois.
L'objectif n'est pas la perfection. C'est l'entraînement.
Durée : Variable | Utilisation : Dès que quelqu'un insiste après ton
"non"
Cet outil vient de l'assertivité (communication a!rmée et respectueuse).
C'est redoutablement e!cace face à quelqu'un qui ne respecte pas ton
premier refus.
Tu choisis UNE phrase courte qui exprime ton refus. Puis tu la répètes,
calmement, comme un disque rayé, peu importe les arguments de
l'autre.
Personne : "Tu peux m'aider à déménager samedi ?"
Toi : "Non, ce ne sera pas possible."
Personne : "Allez, juste 2 heures, je suis vraiment coincé·e !"
Toi : "Je comprends que ce soit compliqué, mais ce ne sera pas possible."
Personne : "Mais je t'ai aidé l'année dernière moi !"
Toi : "Je comprends ton point de vue, mais ma réponse reste la même."
Personne : "Tu pourrais faire un e!ort quand même..."
Toi : "Non ce n’est pas possible."
Ton calme et posé (pas agressif, juste ferme)
Pas de nouvelles justifications (ne donne pas de nouvelles prises)
Reconnaissance de l'émotion de l'autre (optionnel : "Je comprends
que..." puis retour à ton "non")
Répétition à l'identique (ton cerveau et l'autre comprennent que
c'est définitif)
Variantes de ta phrase disque rayé :
Parce que tu ne donnes aucune prise pour argumenter. L'autre
comprend rapidement que la discussion est close. Et tu économises une
énergie folle en ne te justifiant pas en boucle.
Attention : Cette technique est puissante. Utilise-la avec discernement.
Dans certaines relations (partenaire, enfants, manager direct), un
minimum de contexte reste parfois précieux. Mais même là, rappelle-toi :
ton "non" reste légitime, avec ou sans explication.
À tout bientôt
Sophie
Imparfaitement... créative et libre 🐙